La tribune :

En octobre 2025, le groupe Canal+ a acquis 34% du capital d’UGC, le troisième plus grand réseau de salles de cinéma françaises, avec la perspective d’en acquérir 100% des parts d’ici 2028. C’est une nouvelle étape dans la stratégie d’expansion de Vincent Bolloré.

Par l’intermédiaire de Vivendi, M. Bolloré détient déjà la chaîne Canal+ et ses filiales, dont Studio Canal, numéro 1 de la production de cinéma européenne. Avec l’ajout des 55 cinémas UGC de France et de Belgique, notamment celui des Halles à Paris, le plus fréquenté d’Europe avec plus de 2,5 millions d’entrées annuelles, Bolloré sera en position de contrôler la totalité de la chaîne de fabrication des films, de leur financement à leur diffusion sur petit et grand écran.

Derrière son costume d’homme d’affaires, le milliardaire ne cache pas qu’il mène un « projet civilisationnel », réactionnaire d’extrême-droite, à travers ses chaînes de télé comme CNews et ses maisons d’édition. Si l’influence de cette offensive idéologique sur le contenu des films a été pour le moment discrète, nous ne nous faisons pas d’illusion : ça ne durera pas. La concentration inédite de la chaîne de financement entre les mains de Vincent Bolloré lui donne toute liberté d’agir le moment venu. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Le démantèlement du CNC et de l’audiovisuel public fait partie du programme du Rassemblement National. Voulons-nous prendre le risque que demain ne soient plus financés que des films de propagande au service d’une idéologie ?

La bataille culturelle dont on parle partout ne désigne pas un simple affrontement d’idées. En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême-droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif.

Nous, producteur·trices, distributeur·trices, exploitant·es, cinéastes, scénaristes, technicien·nes, travailleurs et travailleuses du cinéma, et avant tout citoyen·nes, ne voulons plus rester spectateur·trices. Nous dépendons aujourd’hui, à des degrés divers, pour nos projets autant que nos salaires, de l’argent de Vincent Bolloré, mais nous voulons sortir ensemble du silence imposé insidieusement à notre secteur.

Construisons ensemble un mouvement capable de défendre notre indépendance et la possibilité de créer, diffuser et programmer librement, comme certain·es s’emploient déjà à le faire.

Rassemblons-nous contre le rachat d’UGC et contre l’emprise grandissante de l’extrême-droite sur notre profession.

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